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mardi, 23 octobre 2012

Travelling avant - Simon De La Brosse, Thierry Frémont (suite et bonus)

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Film : Travelling avant (1987, durée 1h54)

Réalisateur : Jean-Charles Tacchella

Musique : Raymond Alessandrini

Nino (Thierry Frémont), Barbara (Ann Gisel Glass), Donald (Simon de La Brosse), Angèle (Sophie Minet)

Janine (Laurence Côte), Gilles (Luc Lavandier), Vicky (Nathalie Mann), Roger (Jacques Serres), Wanda (Alix de Konopka), Le sosie de Julien Duvivier (Philippe Laudenbach), Le propriétaire du cinéma (Jean-Michel Molé), la mère de Donald (Catherine Hubeau)

 

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Barbara : Tu parlais de Charlot l'autre jour, tu lui ressembles, dans La ruée vers l'or.

Nino : Bois encore un peu. L'alcool ça réchauffe... Raconte-moi, avant de connaître Henri, t'allais quand même au cinéma ?

Barbara : Bien sûr, mais je m'intéressais qu'à l'histoire. Avec Henri, j'ai découvert Flaherty, Jean Vigo. Henri savait bien faire la différence entre un scénario et une mise en scène.

Nino : Tu sais, la mise en scène, c'est tout ce qu'on apporte ou retranche au scénario.

Barbara : C'est drôle, Henri disait la même chose... Si tu avais une caméra, là, maintenant, comment tu nous filmerais ?

Nino : Pour savoir où il doit placer sa caméra, le metteur en scène a besoin de connaître les intentions de ses personnages. Or je ne connais pas les tiennes. Et puis quant à moi, je ne sais même pas si j'en ai.

Barbara : En tout cas, les plus belles scènes d'amour, c'est quand les acteurs parlent d'autre chose mais ne pensent qu'à ça.

Nino : Ca risque pas de nous arriver. Fait trop froid.

Barbara : Il y a des couvertures dans le placard, vas les chercher.

Nino : On ferait mieux de s'enfouir sous les draps avec les couvertures par-dessus.

 

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Nino : A quoi tu penses vraiment depuis cinq minutes ?

Barbara : Ca doit être l'alcool mais j'ai envie de faire l'amour.

Nino : Moi aussi.

Barbara : Commence par ôter tes vêtements.

Nino : Si tu ôtes les tiens. Qu'est-ce qui t'a décidée ?

Barbara : Discute pas.

[...]

Barbara : Surtout pas un mot à Donald.

Nino : T'inquiète pas, j'ai le sens de l'amitié. C'est Henri ? (sur une photo)

Barbara : Je lui dis bonjour en me levant le matin.

Nino : T'es complètement folle, je vais la déchirer ? Hé-hé-hé, ça va pas ?

Barbara : Pauvre type, hein ! Jaloux d'un mort ! Henri, c'était un mec. Pas comme toi.

Nino : Forcément, les morts ça baise toujours mieux.

 

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Donald : Un métier, ça s'apprend seul ou avec les autres. Moi j'apprends avec les autres.

Nino : Un artiste, c'est solitaire.

 

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Donald : Vous devez me trouver idiot de vous avoir invitée au restaurant.

Vicky : Pas du tout, j'adore qu'on me fasse la cour.

Donald : C'est parfait, ça.

 

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Barbara : Je vous attendais.

Donald : Quelque chose d'urgent ?

Barbara : Oui, toi. 

 

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Donald : J'suis heureux, j'suis libre. Toi aussi.

Barbara : Un jour, tu m'as dis "un cinéaste n'a pas le droit de mentir".

Donald : Pour être un créateur, faut être plein de contradictions. Goethe.

Barbara : Superficiel à ce point, jamais vu.

Donald : Quel compliment. La légèreté. Bonjour Sacha Guitry, au revoir Madame !

 

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Nino : Vingt minutes avant, on devrait déjà avoir des spectateurs...

 

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Nino : Ne vous attendez pas à ce qu'on vous explique les films avant la projection en gênant le spectateur par des commentaires. L'important c'est qu'il puisse voir le film et qu'il en tire après lui-même des conclusions. Hein, alors bon, voilà. On va commencer par Laurel et Hardy, deux génies. Bonsoir.

 

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Nino : Tu te comportes comme un salaud avec Barbara.

Donald : Au contraire, je lui apprends à me détester peu à peu.

 

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Donald : Les femmes, ce n'est pas le nécessaire qu'elles veulent, c'est le dérangement.

 

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Barbara à Donald : Je ne serai jamais une salope, ça t'ennuie ?

 

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Nino à Donald : Tu sais ce que dit Jean Giono ? Les femmes, c'est pas le nécessaire qu'elles veulent, c'est le dérangement.

 

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En bonus, les images du générique de début.

 

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lundi, 22 octobre 2012

Travelling avant - Simon De La Brosse, Thierry Frémont

travelling avant.jpg

 

Film : Travelling avant (1987, durée 1h54)

Réalisateur : Jean-Charles Tacchella

Musique : Raymond Alessandrini

Nino (Thierry Frémont), Barbara (Ann Gisel Glass), Donald (Simon de La Brosse), Angèle (Sophie Minet)

Janine (Laurence Côte), Gilles (Luc Lavandier), Vicky (Nathalie Mann), Roger (Jacques Serres), Wanda (Alix de Konopka), Le sosie de Julien Duvivier (Philippe Laudenbach), Le propriétaire du cinéma (Jean-Michel Molé), la mère de Donald (Catherine Hubeau)

 

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Voix-off : Il était arrivé à Paris cinq mois plus tôt parce qu'à Paris, on peut voir plus de films qu'ailleurs. Nino et Donald avaient fait connaissance dans un ciné club en banlieue.

Donald : Bravo, hein ! Qu'est-ce que vous avez pensé du film ?

Nino : C'est la deuxième fois que je le vois.

Donald : Moi, la quatrième. J'aime ce film. Mais il correspond pas à ma conception de la mise en scène.

Nino : Mais alors, pourquoi vous avez applaudi ?

Donald : Pour le personnage principal. Je voudrais lui ressembler, moi. S'amuser, rater sa vie, devenir un gigolo... et réussir sa mort.

Nino : Et comment sait-on qu'on a réussi sa mort ? 

 

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Nino : Votre conception de la mise en scène ?

Donald : Une action, une morale, un jugement. Citizen Kane, Hitchcock, Murnau, Preston Sturges.

Nino : J'm'appelle Nino.

Donald : Moi, c'est Donald. Vous habitez Colombes ?

Nino : Non, Paris.

Donald : Moi aussi. On va à la gare ?

Nino : Ah non, non, moi j'rentre à pied parce que j'ai plus de sous.

Donald : A pied ? J'vous paie votre billet.

 

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Donald : Moi, le cinéaste que j'admire le plus, c'est Orson Welles.

Nino : Ah benh moi aussi.

Donald : Faire un premier film à vingt-cinq ans...

Nino : Ouais.

Donald : Quel exemple !

Nino : Tout à fait, oui.

Donald : Tenez, regardez là.

Nino : Quel beau plan !

Voix off : Ils prirent l'habitude de se voir tous les matins. Dès l'ouverture des permanences, ils ne se quittaient plus.

 

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Nino : Hé, Donald, faisons un serment ! Celui de nous entr'aider, quoi qu'il arrive ! 

Donald : Aujourd'hui, 8 octobre 1948, je jure d'enfoncer le plus vite possible les portes du cinéma et d'en faire profiter mon ami Nino ! Je l'jure !

Nino : Moi aussi ! Ils ont qu'à bien s'tenir.

 

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Nino : Demain, on a six films à voir.

Donald : Faut pas rater Les trois lumières de Fritz Lang.

 

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Donald : Vous aimez les films noirs ? Vous avez vu Barbara Stanwyck dans Assurance sur la mort ?

Barbara : J'm'appelle Barbara à cause d'elle.

Donald : Pourquoi pas écrire un essai sur les films noirs ? Le premier en son genre, complètement exhaustif !

Nino : Nous avec les filles, c'est simple. Si elles peuvent pas nous citer deux titres des films de Griffith, on leur parle même pas.

Barbara : Intolérance, Le lys brisé.

Donald : Et si j'vous dis Flaherty ?

Barbara : Nanouk, L'homme d'Aran.

Donald : Vous allez dans quel ciné club ?

Barbara : J'y allais.

Nino : Vous y allez plus ? Pourquoi ?

Barbara : Y'a pas que le cinéma dans la vie.

Donald : On se revoit quand ?

Barbara : Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment d'un aussi grand amour.

  

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Donald en voix off : Dans un film américain, elle serait sortie de la salle de bain toute habillée...

 

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... et dans un film français...

 

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...  

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Elle : Tiens, attache-moi.

 

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Barbara : Emmenez-moi au restaurant, comme Spencer Tracy. Au moment de l'addition, on dira qu'on n'a pas un sou. Vous ferez un discours contre les profiteurs. Et ils nous mettront dehors pour ne pas effaroucher les clients. On y va ?

Nino : Spencer Tracy avait un smocking, hein ? Nous, ils nous serviront même pas.

Barbara : Essayons. Moi j'aime les garçons qui font c'que les autres font pas.

 

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Nino : Mince alors... Les Vampires, Feuillade... Le Corbeau de Clouzot... L'Assassinat du père Noël... Hé ho ! Mais où t'as eu tout ça ?

Barbara : On les a fauchés avec un ami.

Nino : Mais où ça ?

Barbara : Dans une vieille usine où ils les mettent avant de les détruire.

 

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Barbara : J'te préviens. N'essaie me de venir dans mon lit. J'sais m'défendre.

Nino : Oh t'inquiète pas. J'fais l'amour qu'avec des putes. Quand je reçois l'argent de ma mère, j'men tape une ou deux. Les filles normales, j'sais à quoi m'en tenir. J'ai lu Montherlant. Allez, bonne nuit.

 

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Donald : Il y a une chose qui nous sépare, toi et moi. C'est que moi, j'suis aussi heureux quand je couche avec une fille que quand j'vois un bon film.

Nino : C'est ça. En attendant, avant hier, tu as loupé Le Vampire de Dreyer.

Donald : J'veux emmagasiner, moi. Comme ça, si un jour j'deviens metteur en scène, j'aurais quelque chose à restituer sur la pellicule. Renoir a fait la guerre de quatorze, ça l'a aidé pour tourner La Grande illusion.

Nino : Mais c'est grotesque, enfin. De Sica n'a pas eu besoin d'être chômeur pour faire Le Voleur de bicyclette... Dis donc, tu peux me prêter dix mille balles ? 

 

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Donald : S'il était là, Lubitsch filmerait les assiettes. Rien qu'en voyant les restes dans chaque assiette, on comprendrait qui est amoureux de qui. Et quel est le personnage qui doit foutre le camp.

Nino : On a encore le temps d'aller à la séance de minuit là. A côté, ils passent L'emprise du crime.

Barbara : Moi, j'me couche.

Nino : Ecoute, c'est un film sur l'amour fou.

Donald : Moi, j'reste avec Barbara.

Nino : Oh benh non alors, si vous venez pas...

 

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Barbara : J'adore ton nez.

Donald : C'est ça qu'on reproche aux filles. Ne jamais voir ce qu'il y a à l'intérieur.

Barbara : Si tu me trouvais moche, tu m'aimerais quand même ?

Donald : Bien sûr. Ca a rien à voir. Les grands personnages sont ceux qui font sur l'écran ce que nous ne faisons pas dans la vie. Qui aurait idée d'aimer une fille affreuse ? Personne. Sauf un héro.

Barbara : Embrasse-moi.

Donald : N'oublie pas, entre nous, tout est différent, rien comme les autres. N'oublie pas. Je suis pas n'importe qui.

Barbara : Tu parles toujours autant avant de faire l'amour ?

Donald : Non, aujourd'hui c'est exceptionnel.

 

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Donald : Tu te souviens des rapports de Bogart et Bacall dans Le port de l'angoisse ?

Barbara : Quelqu'un a-t-il une allumette ?

Donald : J'aimerais que toi et moi on ait les même rapports. Chez Hawks les femmes sont des hommes, tout comme les hommes. 

Barbara : Si t'as besoin de quelque chose, siffle-moi.

 

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Nino : Comment tu t'appelles ?

Une prostituée : On m'appelle Olympe.

Nino : Oh, avant guerre, il y avait une actrice américaine d'origine française qui s'appelait Olympe. Olympe Bradna.

La prostituée : Connais pas.

Nino : Tu... tu vas souvent au cinéma ?

La prostituée : Après midi, ça m'repose les jambes.

Nino : J'ai quelques p'tites questions à te poser. Tu m'répondras franchement ?

La prostituée : Oui, mon chéri.

Nino : Quels sont les films sur la prostitution qui te semblent les plus justes ? Tu as vu Les Abandonnées avec Dolores del Rio ?

La prostituée : Déshabille-toi, mon chou.

Nino : Et Anna Magnani dans Le Bandit, ça c'était réussi, non ?

La prostituée : Oui, elle était très bien.

Nino : Et Simone Signoret dans Dédé d'Anvers ?

La prostituée : C'était réussi.

Nino : Tu sais, Olympe, moi j'ai une théorie là-dessus. C'est qu'il y a que les Suédois et les Argentins qui savent bien parler du sexe à l'écran.

La prostituée : Moi, mon acteur préféré, c'est Fernandel, je n'aime que les films comiques. Ote ton pantalon, mon lapin.

 

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Nino : Quand même, c'est vraiment dégueulasse que Stroheim puisse plus tourner comme metteur en scène.

Donald : Il faisait perdre de l'argent à ses producteurs.

Nino : Et c'est une bonne raison, ça, tu trouves ?

Donald : Oui.

Nino : Tu rigoles ?

Donald : Non.

 

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Donald : J'aime beaucoup vos films, je voudrais être votre stagiaire, j'suis prêt à balayer le plateau, m'sieur Duvivier !

Le sosie de Julien Duvivier : Je ne suis pas Julien Duvivier. Duvivier est dans la voiture là-devant qui vient de partir.

 

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Nino : Depuis des mois on en rêve, de ce ciné club ! Peut-être pas toi, mais moi j'en rêve ! Ca te réussit pas d'être amoureux.

Donald : J'ai presque vingt ans. Orson Welles en avait vingt-cinq quand il a fait Citizen Kane, il me reste cinq ans !

Nino : Mais mon pauvre ami, n'est pas Welles qui veut.

Donald : Ca signifie, ça ?

Nino : Ca signifie que j't'emmerde !

Donald : Moi aussi !!

Nino : Eh benh voilà !

Donald : J'en ai marre de toi !!

Nino : Eh benh moi aussi, j'en ai marre de toi ! J'me barre.

Donald : Mais non, fais pas ça.

Barbara : Salut les génies, faites votre tambouille vous-mêmes.

 

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Janine : Alors il faut que je vienne te relancer chez toi ? Mais ça fait trois jours qu'on s'est pas vus ! Et pourtant on a changé de programme. Mais tu ne m'aimes pas !

Nino : Mais si.

Janine : T'as pas trouvé l'fric pour le ciné club alors t'as plus besoin d'moi. J'te déteste ! T'es un salaud ! Me touche pas !! Mais tu comprends pas que je t'aime !? Que j't'aime ! Mais que j't'aime ! Que j't'aime... J'te demande pardon.

Nino : J't'accompagne au métro... Tu connais les films de Franck Borzage ? C'est le metteur en scène qui a le mieux décrit les couples qui s'aiment. Eh benh toi et moi, on est un couple de Borzage.

Janine : Ah oui ?

Nino : Ouais. Tu vois, les couples de Borsage s'aiment tellement que le temps peut rien contre eux. Par exemple, ils se donnent rendez-vous dans deux mois sous une horloge, eh benh pendant deux mois ils s'voient pas, s'écrivent pas, rien, rien. Puis deux mois après, benh ils sont là, l'un et l'autre, sous l'horloge.

Janine : Tu dis ça pour qu'on se revoit plus.

Nino : Mais pas du tout, Janine. Réfléchis. Si dans deux mois, notre amour est plus fort que tout, plus fort que l'oubli, ce sera merveilleux, non ? Rendez-vous dans deux mois, le vingt-et-un à minuit, devant ton cinéma à la sortie de la dernière séance. 

Janine : Deux mois, c'est loin.

Nino : Mais non, Janine. On doit se montrer forts toi et moi. Allez, monte l'escalier, te retourne pas.

 

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Donald : Je vais partir en Angleterre. Ca t'ennuie que je m'en aille ?...  J'essaie de t'apprendre la liberté. Pense à Hawks, les femmes sont des hommes.

Barbara : N'empêche que Bacall, elle a du mal à se passe de Bogart.

Donald : Mais j'suis pas Bogart, ma chérie. N'exagère pas quand même.

 

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Donald : D'accord ? Tu t'installes ici ?

Nino : T'es vraiment gonflé, toi. J'ai pas envie de coucher là, moi. Elle est chiante, Barabara, franchement. Puis elle se lève la nuit pour bouffer des sardines.  

Donald : Veille sur elle. Elle tourne pas rond en ce moment.

 

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Voix off : Dans les dix premiers jours du mois de mars, Nino réussit à voir quarante et un films, son record. Il commença à écrire une étude comparative des œuvres de René Clair et de Jean Renoir. Il habitait de nouveau chez Barbara. Il ne rentrait que la nuit, très tard, pour dormir.

 

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Donald, au téléphone de Londres : Tu vois, j'ai beau faire la cour à toutes les filles que j'rencontre, j'pense à toi. Alors t'as trouvé un beau garçon pour me remplacer ? 

Barbara : Pas encore.

Donald : Ca viendra, faut pas désespérer.

 

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Voix off au ciné club : Eternellement diverses, éternellement semblables, toutes les femmes aiment les plaisirs du soir et les parures nouvelles.

 

à suivre...

samedi, 06 octobre 2012

La fille du mineur - Michael Apted, Tommy Lee Jones (fin)

 

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Film : La fille du mineur / Coal Miner's Daughter (1980, durée 2h05)

Réalisateur : Michael Apted

D'après l'autobiographie de Loretta Lynn écrite avec George Vecsey

Loretta Lynn (Sissy Spacek), Doolittle Lynn (Tommy Lee Jones), Patsy Cline (Beverly D'Angelo), Ted le père de Loretta (Levon Helm), sa mère (Phyllis Boyers), Lee Dollarhide (William Sanderson), Charlie Dick (Bob Hannah), Patsy Lynn (Jennifer Beasley)

 

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Doolittle offre une guitare à Loretta, qui ne sait pas jouer. Elle joue, tout le temps, en particulier avec les enfants.

 

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Puis il l'emmène dans un bar et lui demande de monter sur scène.

 

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Viennent les enregistrements.

 

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Les concerts

 

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 Les tournées

 

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La télévision

 

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Doolittle : T'as changé ta coiffure ?

Loretta : Oui, c'est un admirateur qui me les a coupés.

Doolittle : Ah... très joli.

 

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Loretta : Les migraines m'ont pris d'un seul coup, il y a dix jours.

Doolittle : Est-ce que tu prends ton médicament ?

Loretta : Je le prends, oui. Mais ça ou rien, c'est la même chose. Ca ne soulage pas du tout.

Doolittle : Tu devrais peut-être t'arrêter quelques temps.

Loretta : Oui, seulement quand tu t'arrêtes, on t'oublie vite. Quand je repartirai en tournée, je voudrais que tu viennes avec moi. Ils vont avoir ma peau si ça continue. Je t'assure que j'ai besoin de quelqu'un qui prenne soin de moi.

Doolittle : Les gens se battent pour prendre soin de toi, tu le sais.

Loretta : C'est toi que je veux, Doo. Il me faut quelqu'un qui m'aime. J'ai besoin de toi.

 

vendredi, 05 octobre 2012

La fille du mineur - Michael Apted, Tommy Lee Jones (suite)

 

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Film : La fille du mineur / Coal Miner's Daughter (1980, durée 2h05)

Réalisateur : Michael Apted

D'après l'autobiographie de Loretta Lynn écrite avec George Vecsey

Loretta Lynn (Sissy Spacek), Doolittle Lynn (Tommy Lee Jones), Patsy Cline (Beverly D'Angelo), Ted le père de Loretta (Levon Helm), sa mère (Phyllis Boyers), Lee Dollarhide (William Sanderson), Charlie Dick (Bob Hannah), Patsy Lynn (Jennifer Beasley)

 

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Le père : Doolittle est venu tous les jours de la semaine. Je veux plus qu'il mette les pieds chez nous.

Loretta : Pourquoi ?

Le père : Parce que. Je regrette, t'as pas à sortir avec ce type-là. T'es encore très très jeune, et lui, il a le diable au corps. C'est un homme. Enfin...

Loretta : Je l'aime, papa, tu sais. Et il m'a parlé de se marier, c'est ce qu'il veut.

Le père : Mais tu te rends compte que t'as même pas quatorze ans. Vous vous connaissez depuis quoi, un mois, c'est tout, hein ?

Loretta : Je sais, écoute, je l'aime, j'y peux rien.

Le père : Qu'est-ce qu'il faut pas entendre. Non, je t'en prie, Loretta. Il faut pas que tu gaspilles ta jeunesse comme ça. Tu peux me croire quand je te dis qu'il est fier de toi ton père.

Loretta : Ce que je sais, c'est que j'y suis pour rien. Je t'assure.

  

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Doolittle : Regarde, Loretta.

Loretta : Mon Dieu, mais qu'est-ce que c'est ? Où est-ce que t'as eu tout ça ?

Doolittle : Eh benh c'est des chèques de paie que j'ai pas dépensés. Tu sais que demain, c'est notre anniversaire.

Un petit frère : Rapprochez-vous les amoureux, smouch-smouch-smouch !

Loretta : Toi, si je t'attrape, j'te tue !... Qu'est-ce que tu disais ?

Doolittle : Je disais que demain, c'est notre anniversaire et c'est peut-être une bonne journée pour qu'on se marie, toi et moi, surtout... enfin, avec tout l'argent que j'ai amassé...

Loretta : Demande à mon père.

 

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Doolittle : Monsieur Webb, Loretta et moi, on a l'intention de se marier, enfin c'est-à-dire si vous êtes d'accord... demain.

Le père : ... ... Va demander à Clara.

 

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Doolittle : Madame Webb, voilà. Loretta et moi, on pensait qu'on pourrait se marier... demain.

La mère : Va demander à Ted.

 

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Loretta : Et alors, qu'est-ce qui se passe ?

Doolittle : La merde. Ted dit que c'est Clara que ça regarde. Et Clara dit que c'est Ted. J'en sais rien.

Loretta : Viens t'asseoir ici. Quand ils seront au lit, tu les auras tous les deux en même temps. Autrement, ils vont te faire courir toute la nuit et je les connais.

 

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Doolittle : Monsieur et madame Webb ? Je sais que tout ça s'est fait très rapidement, je sais qu'elle est très jeune, je sais combien vous l'aimez. Seulement, ce qu'il y a, c'est que... je l'aime aussi, moi. Je l'aime autant que vous. Je suis devenu un homme bien vite et j'ai beaucoup roulé ma bosse, comme on dit, mais je sais que Loretta est la femme que je veux dans la vie. Alors, je vous promets que, que je travaillerai très fort et qu'elle sera très heureuse avec moi.

La mère : Je pense que ta décision est prise même si on est pas d'accord, c'est ça ?

Doolittle : Je voudrais pas aller contre votre volonté mais j'ai pris ma décision, oui.

Le père : Ecoute-moi, il y a deux choses que je veux que tu me promettes. C'est de ne jamais la battre quoi qu'il arrive, et aussi de... de ne pas l'emmener loin de la maison.

Doolittle : C'est d'accord, je vous le promets, monsieur.

 

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Le pasteur : Promets-tu de l'aimer, de la réconforter, de l'honorer et de la garder, qu'elle soit malade ou en santé, et rejetant au loin toutes les autres femmes, et de lui rester attaché tant que tu vivras ?

Doolittle : Je le promets, oui.

Le pasteur : Et toi, Loretta, veux-tu prendre cet homme pour époux, afin de vivre avec lui dans le saint état du mariage ? Promets-tu de l'aimer, de le réconforter, de l'honorer et de le garder, qu'il soit malade ou en santé, et rejetant tous les autres hommes, de lui rester attachée aussi longtemps que tu vivras ?

Loretta : Oui, je le promets.

Le pasteur : Qui donne cette femme à marier à cet homme ?

Le père de Loretta : ... Moi.

Le pasteur : Mets ta main droite dans la main droite de ton future époux, Loretta. L'anneau du mariage est le signe extérieur visible d'une grâce intérieure et spirituelle, témoignant au monde de l'union de cet homme et de cette femme dans les liens du mariage. 

   

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Doolittle : Allez, vas-vite te préparer pour aller au lit, ma chérie... Il fallait pas laisser tes vêtements sous ta chemise de nuit, écoute.

Loretta : J'suis frigorifiée, moi.

Doolittle : Tant pis. Va enlever tout ce que tu as sous ta chemise, allez ! Vas-y Loretta, allez, allez... grouille.

Loretta : ... Non, laisse-moi ! Non, Doolittle, non ! Arrête tout !!

Doolittle : C'est... c'est un petit peu pénible la première fois.

Loretta : Non !! Non !! Laisse-moi j'te dis !!

Doolittle : T'en fais pas. C'est rien, ma belle. Allez, détends-toi.

Loretta : Je veux pas, non !! Non !!

Doolittle : C'est bon, tu verras.

Loretta : Non !! Non, arrête !! 

 

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Loretta : Ca c'est bon quand c'est chaud.

Doolittle : Je sais bien mais ça a refroidi le temps de venir du restaurant. Si tu veux manger chaud, il faut que tu viennes avec moi.

Loretta : Je t'ai déjà dit que j'irai jamais là-bas, parce que tous les gens vont savoir ce qu'on a fait hier soir.

Doolittle : Ah parce que tu crois peut-être que le reste du monde sait pas ce que c'est ? J'te jure qu'ils s'en fichent complètement ! C'est pas bien marrant la première fois, d'accord, mais c'est tout.

Loretta : T'as pas eu l'air de trouver ça pénible, toi.

Doolittle : Eh benh, tu ferais mieux de t'y habituer, ma vieille, parce que le mariage...

Loretta : Non, je m'habituerai jamais à ce que tu me grimpes dessus en suant comme un gros porc !! ... T'as promis à papa que tu me battrais jamais et tu commences déjà.

Doolittle : Oh excuse-moi, Loretta, mais tu m'as poussé à bout !!

 

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Loretta : Tiens, regarde ça. Tous les postes de radio qui sont là-dessus sont en soldes. Tu crois qu'on peut s'en acheter un ?

Doolittle : Oh... huh... Tiens, lis d'abord ça, après on reparlera de radio.

Loretta : "Sexualité chez les nouveaux mariés". Mon Dieu, y'a plein de dessins là-dedans !

Doolittle : Hhhhh...

 

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Doolittle : Ecoute, Loretta. Ce livre-là, il a aidé des gens partout à travers le monde entier, tu comprends ? Alors peut-être... peut-être que... il pourrait nous aider nous aussi, non ?

Loretta : J'peux pas lire ça, Doo... C'est plein de mots à rallonge là-dedans ! Tiens, regarde celui-là, regarde ! Il fait quinze centimètres, si c'est pas dix-neuf ! Tu crois qu'il est important parce qu'il est plus long que les autres ?

Doolittle : Hhhh....

Loretta : Tu sais, j'ai pas besoin d'un livre pour savoir... pour savoir ce qui va pas. Il faut que tu sois un peu plus patient avec moi, c'est tout. Je vais m'y faire. C'est du temps qu'il me faut, c'est simple.

Doolittle : Oui, c'est facile à dire. Alors on va faire le compte de toutes les choses où il faut que je te laisse du temps, si tu veux. Il te faut du temps pour apprendre... à faire la cuisine. Du temps pour apprendre à faire le... le ménage. Plus du temps pour apprendre à aimer ton homme comme il faut ! Eh benh, merde, après tout ça, est-ce que tu penses que tu sais encore faire quelque chose ?

Loretta : Quand est-ce que tu vas m'acheter mon alliance ?

Doolittle : Hhhhh....

Loretta : Arrête de faire ces bruits ! On dirait un ours, un grizzli, tout malheureux. Tu t'en vas ? Doo, où est-ce que tu vas ?

Doolittle : Non, je m'en vais pas.

 

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Loretta : Bonjour maman. Doo m'a dit de m'en aller alors je suis revenue.

La mère : Oh, loué soit le Seigneur ! Peut-être qu'il est pas trop tard pour t'empêcher de refaire des bêtises.

Le père : Loretta ! Tu es revenue ! Mais dis donc, ça t'a fait engraissé le mariage, on dirait ?

La mère : Oh, mon Dieu, pas ça...

 

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Le docteur : La dernière fois que je t'ai vue, c'était pour le vaccin contre les oreillons, et aujourd'hui j'apprends que tu es mariée. Tu es heureuse ?

Loretta : Oh oui... sauf qu'on va se séparer.

Le docteur : Eh benh dis donc, si je comprends bien, ça va plutôt vite entre vous deux, on dirait.

 

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Doolittle : Je laisse le Kentucky, je m'en vais, c'est décidé. Je pars dans l'ouest, vers l'état de Washington, pour me trouver du boulot, n'importe où. La mine, j'en ai marre, bordel, j'en crève !

Loretta : Alors t'allais m'quitter comme ça ?

Doolittle : Le temps qu'il faut pour faire de l'argent et tu me rejoins.

Loretta : Non mais parce que tu crois que j'irai, t'es malade ?

Doolittle : Benh t'es ma femme, non ?

Loretta : Ta femme ! Ah benh c'est nouveau ! Tu crois pas que tu ferais mieux de te trouver autre chose que ça ?

Doolittle : Y'a rien à faire pour moi ici au Kentucky, Loretta. Tout c'que je peux espérer, c'est la retraite à quarante ans, et des bronches pleines de poussières. T'as qu'à demander à ton père. Et je veux que tu viennes avec moi parce que j't'aime.

Loretta : T'as promis à papa que tu m'emmènerais pas loin de la maison, tu t'souviens pas ?

Doolittle : Il va falloir que tu te fasses une idée. Ou bien t'es sa fille et tu restes au Kentucky, ou t'es ma femme et tu viens. Monte. Allez, j'te raccompagne chez toi. Pourquoi t'es venue en ville ?

Loretta : J'suis allée voir le docteur.

Doolittle : T'es malade ?

Loretta : Oui, on va avoir un enfant.

Doolittle : Hé-hé-hé, ah ça, c'est inouï ! Tu sais que t'as peut-être bien découvert une chose que tu sais faire !

 

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à suivre...

 

jeudi, 04 octobre 2012

La fille du mineur - Michael Apted, Tommy Lee Jones

 

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Film : La fille du mineur / Coal Miner's Daughter (1980, durée 2h05)

Réalisateur : Michael Apted

D'après l'autobiographie de Loretta Lynn écrite avec George Vecsey

Loretta Lynn (Sissy Spacek), Doolittle Lynn (Tommy Lee Jones), Patsy Cline (Beverly D'Angelo), Ted le père de Loretta (Levon Helm), sa mère (Phyllis Boyers), Lee Dollarhide (William Sanderson), Charlie Dick (Bob Hannah), Patsy Lynn (Jennifer Beasley)

 

¤     ¤     ¤

 

Loretta : Pourquoi t'as pas mis tes protecteurs ?

Son père : Salut Loretta. C'est bas de plafond là-dedans, tu sais. Si tu mets les protecteurs, tu t'arraches la peau du dos. Si tu les mets pas, c'est les genoux que tu t'esquintes. Je les mettrai demain pour reposer mon dos.

 

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Doolittle : Les gars, y'a pas un endroit où ma jeep peut pas aller ! Rien ne l'arrête ! Les ravins, les ruisseaux, elle grimpe n'importe quelle côte.

- Benh j'en connais une de côte que tu grimperas jamais. C'est le beau petit tas de rouge, là-bas.

Doolittle : Hah, tu m'fais rigoler ! Je te le monte quand tu veux, ton tas de merde.

- Hé ! Vous pourriez surveiller votre langage ! Y'a des enfants, ici.

Doolittle : Bon-bon-bon ! Alors, j'peux pas l'grimper, ce tas-là ? Qui c'est qui parie avec moi ?

- Tu veux parler du gros qui est derrière, là ?

Doolittle : Mais j'le monte en marche arrière, ce putain... oh ! pardon, j'suis désolé.

- Il est cinglé. Il montera jamais.

- Il y arrivera pas.

Doolittle : J'ai vingt-cinq beaux petits dollars qui disent le contraire et j'prends tous les paris qu'on m'amène. Par ici les paris ! 

 

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Carl : Salut Ted.

Le père de Loretta : Salut Carl. C'est qui le... le petit soldat qui pavoise comme... un jeune coq, là ?

Carl : Ah benh, c'est le gars de Red Lynn, Doolittle. Il est complètement déchaîné depuis qu'il est rentré de l'armée.

Le père de Loretta : Benh quand on lui aura mis une pelle à charbon dans les mains, il se calmera, j'te le dis.

Carl : C'est certain. 

 

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Le père de Loretta : Alors, Attention, ah, ça s'est pour Donald.

La mère : Tu sais ce que c'est ?

Le père : Jack, vas lui donner ça.

Jack : Je crois que c'est des chaussures.

Donald : Oh oui, c'est des chaussures.

Le père : Alors, elles vous vont bien ?

La mère : Aide-la à mettre ses bottines.

Un des fils : Papa, Peggy a deux pieds droits.

Le père : Quoi ? Oh t'en fais pas, on va aller les échanger.

Le fils : Elles te font pas mal ?

Peggy : Non-non, ça va.

Un des fils : Pourquoi elle a droit à ça en plus, elle ? Et, et moi alors ? C'est pas juste, dis donc.

Le père : Si, c'est juste. Loretta est devenue une jeune femme. Elle va avoir quatorze ans, et les femmes doivent avoir de jolies robes.

Loretta : Oh, regarde, maman !

Un des enfants : Elle est pas une femme, elle est encore petite, elle a la morve au nez.

Loretta : Et toi, tu t'es pas regardé, ça se voit !

 

Cris et rires.

 

¤     ¤     ¤

 

Lee Dollarhide à Doolittle Lynn : Quand tu es né dans la montagne, tu as que trois choix. Tu as la mine, ou bien tu as le whiskey, ou bien alors t'as plus qu'à foutre le camp.

 

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La mère : Tu as encore mal à la tête aujourd'hui ? Tu veux que je te prépare ton médicament ?

Le père : Non, ça sert pas à grand chose, ça va passer.

Loretta : Qu'est-ce que tu vois dans le marc, maman ?

Le père : Loretta, prends le bébé.

La mère : Y'a une femme qui pleure. J'crois bien qu'il y a un homme qui pleure aussi.

Le père : Loretta.

La mère : Allez, va la bercer un peu dehors, ça lui fera du bien... Les présages sont mauvais.

Le père : On n'a pas besoin d'une diseuse de bonne aventure pour savoir ça.

 

Loretta sort bercer sa sœur : In the pine, in the pine, where the sun never shines, and I shiver, when the cold wind blows. [...]

 

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A une vente aux enchères de tartes faites par les jeunes filles, achetées par les garçons qui deviennent leurs cavaliers.

 

Doolittle Lynn : Voilà la dernière, la dernière tarte de la soirée, elle est au chocolat et je pense qu'elle appartient à Loretta Webb. Qui parle le premier ? J'écoute.

Un enchérisseur : Moi, vingt-cinq cents.

Doolittle Lynn : Comment, mais c'est une insulte, ça ! Qui est-ce qui commence à un dollar ? Est-ce que quelqu'un dit "un dollar" ?

Le même enchérisseur : Je vais l'avoir, ça y est.

Doolittle Lynn : Dans ce cas, je monte à un dollar, moi, je regrette.

- Hé, c'est toi qui dirige la vente, t'as pas le droit d'enchérir !

Doolittle Lynn : On a un dollar une fois, un dollar deux fois...

L'enchérisseur : Un dollar quinze !

Doolittle Lynn : Trois dollars.

- Hé, c'est pas juste, il triche.

Doolittle Lynn : Alors j'ai dit trois dollars une fois, trois dollars deux fois...

L'enchérisseur : Trois dollars quinze !

Doolittle Lynn : Trois quatre-vingt-cinq !

L'enchérisseur : Trois quatre-vingt dix-neuf !

Doolittle Lynn : On va à cinq dollars. Une fois, deux fois, vendu à monsieur Doolittle pour cinq dollars !

 

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Il crache la première et seule  bouchée dans le poêle.

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Doolittle Lynn : T'en as fait beaucoup des tartes au chocolat ?

Loretta : Non, j'en ai jamais fait. C'est la première fois.

Doolittle Lynn : Quelle quantité de sel il fallait mettre d'après la recette ?

Loretta : Du sel ? Mais on met jamais de sel dans une tarte au chocolat. On met du sucre et puis...

Doolittle Lynn : Oui, c'est bien ce que je pensais. T'as confondu, quoi. Remarque, c'est des choses qui arrivent. Ca a la même couleur, alors...

 

¤     ¤      ¤

 

Doolittle Lynn : C'est pas la peine de marcher quand on peut rouler. Allez, monte.

Loretta : Je monterai pas là-dedans.

Doolittle Lynn : T'es jamais montée dans une voiture ?

Loretta : Ca, une voiture ? On dirait qu'il vient de la planète mars, ton engin.

Doolittle Lynn : Mars ? Qu'est ce que tu connais de la planète mars, toi, hein ? Je suis sûr que t'as jamais mis les pieds de l'autre côté de la colline. Allez, dépêche-toi, monte là-dedans !

Loretta : J'ai dit que je monterai pas là-dedans. C'est clair ? T'as qu'à me raccompagner à pied si t'en as tellement envie.

Doolittle Lynn : Oh-la-laaaaa, y'a pas que les mulets qui sont têtus dans le coin, j'te jure. Non mais attends-moi une minute, j'arrive !

 

¤     ¤     ¤

 

Doolittle : Tu sais, la première fois que je t'ai vue, je me suis dit qu'on irait bien ensemble, cette bonne-femme-là et moi.

Loretta : Moi aussi, je t'ai remarqué, dans ton petit uniforme. Je trouvais que tu ressemblais à un soldat de plomb.

Doolittle : Hé ho, le soldat Doolittle a commencé son temps quinze jours après le début de la grande offensive ! Et puis il est resté au combat jusqu'à la victoire, jusqu'au grand jour. Tu sais comment on les a eus ? ... Laisse tomber, va. En tout cas, il y a quelque chose que l'armée m'a appris. C'est que le monde est drôlement grand. Alors, tu comprends, passer ma vie au fond d'une mine de charbon, y'a pas un putain de brin d'avenir là-dedans et justement, ce qui m'intéresse moi, c'est... c'est l'avenir, nom de Dieu. T'as des projets d'avenir, toi ?

Loretta : Non, j'en ai aucun. Tu jures beaucoup, dis donc.

Doolittle : Oui, je jure ! Je jure, je bois et je cours les jupons.

Loretta : Qu'est-ce que tu fais ?

Doolittle : Hé benh je vais t'embrasser. On t'a jamais embrassée ? ... Hé, demain je reviens avec ma jeep et on ira faire un tour.

 

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Loretta : Je plus respirer, je crois que je vais m'évanouir.

Doolittle : Quand on est amoureuse, ça arrive très souvent. 

 

¤     ¤     ¤

 

Le père : Où étais-tu, tu peux me le dire ?

Loretta : Doolittle m'a fait faire un tour.

Le père : Quoi ?

Loretta : Doolittle m'a fait faire un tour.

Le père : C'est ça, il t'a fait faire un tour. Alors tu fiches le camp comme ça, sans demander la permission, hein, tout le monde est mort d'inquiétude et toi t'en fiches, hein.

 

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La mère : Tu sais bien qu'il préférerait se couper le bras plutôt que d'être obligé de te corriger. Qu'est-ce qui t'a pris de partir comme ça avec cette tête brûlée ?

Loretta : Je l'aime, maman.

La mère : Ne raconte pas de sottises. Laisse donc c'type là où il est ou c'est à moi que tu auras à faire, j'te l'garantis. Allez, tu mettras un peu d'onguent sur tes jambes, je vais t'en préparer.

 

à suivre...

 

mercredi, 25 juillet 2012

Le choix de Jane - Jane Austen

 

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Téléfilm : Le choix de Jane / Miss Austen regrets (2008, durée 1h30)

Réalisateur : Jeremy Lovering

Musique : Jennie Muskett

Jane Austen (Olivia Williams), Cassandra Austen sa soeur (Greta Scacchi), madame Austen sa mère (Phyllida Law), Fanny Austen-Knight sa nièce (Imogen Poots), Henry Austen son frère (Adrian Edmondson), Edward Austen-Knight un autre de ses frères (Pip Torrens)

John Plumptre le prétendant de Fanny (Tom Hiddleston), le révérend Brook Bridges (Hugh Bonneville), le révérend Clarke et bibliothécaire du roi (Jason Watkins), le révérend Charles Papillon (Harry Gostelow), le docteur Charles Haden (Jack Huston), madame Bigeon (Sylvie Herbert), Anna Lefroy (Sally Tatum), Stephen Lushington (Tom Goodman-Hill)

 

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Jane : Dites-moi que j'ai fait le bon choix. Dites-moi que j'ai eu raison de changer d'avis. Seigneur, faites que je ne regrette jamais ce jour.

 

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Lettre de Jane à Fanny : Ma très chère Fanny, ta dernière lettre m'intrigue au plus haut point. Tu me fais une telle description de ton étrange petit cœur. Ce nouveau jeune homme que tu adores, est-il l'homme de ta vie ? Si seulement nous pouvions prévoir l'avenir et savoir par avance si nous avons fait le bon choix. Hélas, tu dois prendre la décision la plus importante de ta vie en ayant pour seul conseil que celui de ta tante Jane. En venant au mariage de ta cousine, prépare-toi à discuter avec moi de chaque délicieux détail. 

 

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Le prêtre au mariage : Seigneur, considérez ces nouveaux époux avec bonté. Que cette femme soit aimante, qu'elle soit aimable, fidèle et obéissante envers son mari. Seigneur, accordez-leur votre bénédiction. 

 

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Fanny : Aide-moi à me décider, j'en suis incapable.

Jane : Je dois absolument rencontrer ton cher monsieur Plumtre dans les meilleurs délais. C'est très urgent. Plumtre, Plumtre, madame Plumtre !

Fanny : Chh-chht ! Je t'en prie, arrête, tout le monde va entendre !

Jane : Avec un nom aussi grotesque, je suppose que tu vas le trouver irrésistible. [...] Ne t'imagine pas que tu arriveras avant moi devant l'autel. On doit me faire une demande en mariage d'un jour à l'autre.

Fanny : Quelle mauvaise plaisanterie !

Jane : Ecoute-moi bien, Fanny. Tout homme n'attend qu'une chose, une opportunité. 

 

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Jane : Monsieur Papillon.

Le révérend Papillon : Oh ! Miss Austen.

Jane : Charmant office.

Le révérend Papillon : Vous êtes trop bonne, miss Austen. Mes efforts ne peuvent rivaliser avec votre... intelligence supérieure.

Jane : Comme cela est romantique.

Le révérend Papillon : Romantique ? Mon Dieu, non.

Jane : Tout le monde devrait pouvoir se marier. Vous n'êtes pas d'accord ?

Le révérend Papillon : ... Saint Paul lui-même nous dit qu'il vaut mieux se marier que se consumer de désir.

Jane : Hoh, comment résister... Je suis convaincue, monsieur Papillon, qu'il n'est pas une seule de nos dames de la société anglaise, même la plus endurcie des vieilles filles, qui échouerait à trouver le bonheur si seulement ces messieurs voulaient bien... saisir l'opportunité. Toute opportunité !

Le révérend Papillon : Vous avez certainement raison.

 

¤     ¤     ¤

 

Cassandra : Tu ne devrais pas torturer ce pauvre homme. On dirait une chatte avec un mulot, c'est cruel.

Jane : Monsieur Papillon est aussi sec qu'un hareng saur. Je parie qu'il n'a rien remarqué. Je suis moi aussi fille de pasteur. Pourquoi ne ferais-je pas une charmante femme de pasteur ?

Cassandra : Tu donnes le mauvais exemple à ta propre nièce.

Jane : Cette petite est délicieuse. Et quand je pense qu'elle va épouser un quelconque gentleman habitant le Kent.

Cassandra : Quelqu'un qui vit dans le Kent est forcément aimable.

Jane : Je n'aime pas que les gens soient trop aimables. Sinon je me sens obligée de les aimer.

Cassandra : Tu crois que tu auras du temps pour écrire dans le Kent ?

Jane : Je prendrai le temps. Aide-moi, Cassandra, je vais être en retard !

Cassandra : Ecris-moi tous les jours.

 

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La mère : Tu te rends compte du nombre de connaissances qu'elle va faire ?

Cassandra : Mère...

La mère : Toi, toi tu as décidé de t'entourer de murs il y a des années. Mais Jane, ne me dis pas que les hommes ne l'intéressent pas.

Cassandra : Elle connaît tous les hommes du Kent.

La mère : Ah, mes pauvres filles.

 

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Fanny : Qu'est-ce qui est pire à ton avis ? Faire un mauvais mariage ou mourir seule comme une vieille fille ?

Jane : Il y a pire que mourir.

Fanny : Tu n'es pas vieille.

Jane : J'aurai bientôt quarante ans. Assez vieille pour pouvoir m'en vanter.

Fanny : Nous devons donc chercher un vieux veuf fortuné avec six enfants !

Jane : Charmante perspective.

Fanny : Tu devais avoir des centaines de demandes quand tu avais mon âge.

Jane : Des milliers.

Fanny : Je parie que tous les jeunes hommes de ton voisinage se mouraient d'amour pour toi.

Jane : Hélas... pas pour moi.

Fanny : Des demandes en mariage ?

Jane : Non, aucune, ma chère. Crois-moi, je suis bonne que pour la théorie et rien de plus. Et malgré ma honte de vieillir, je suis heureuse qu'il en soit ainsi. C'est moins compliqué.

Fanny : Tu n'as donc jamais été amoureuse ?

Jane : ... La vérité, Fanny, et je te demande de garder le secret, de ne jamais le dire à qui que ce soit, la vérité, c'est que... c'est moi qui ai été amoureuse et quittée.

Fanny : Qui était-ce ? Dis-moi.

Jane : J'ai aimé sans retour. J'ai brûlé. J'ai languis. Et ensuite, je me suis juré de faire de la solitude et de l'écriture une espèce de consolation.

Fanny : Non, c'est vrai ?

Jane : Tu lis beaucoup trop de romans, chère Fanny.

 

¤     ¤     ¤

 

Fanny : Oh, je serais désespérée si tu n'apprécies pas monsieur Plumtree.

Jane : Mais voyons, je suis déjà en adoration devant lui.

Fanny : Ne t'attends surtout pas à un monsieur Darcy.

Jane : Ma chérie, je crois que tu confonds fiction et vie réelle. La seule façon de rencontrer un monsieur Darcy est de l'inventer de toutes pièces, comme moi.

 

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John Plumptre : Je rêve du jour où chacun d'entre nous sur cette terre sera assez adulte et assez fort pour se détourner des joies futiles de ce monde et pour ne penser qu'aux jours infinis que nous réserve notre Seigneur dans les cieux.

Jane : Certes, mais en attendant, voulez-vous...

John Plumptre : En attendant, un écrivain comme vous, miss Austen, possède une telle influence qu'il peut encourager les gens à devenir vertueux. Et c'est pourquoi, mais je vous demande de ne pas le prendre en mauvaise part, c'est pourquoi cela me chagrine de voir que la plupart de vos hommes d'église sont des sujets de moquerie.

Jane : Ma mère... ma mère aime mes pasteurs, c'est ridicule.

John Plumptre : Mais votre père est...

Jane : Pasteur, oui. Un pasteur, bien réel. Tandis que mes pasteurs sont... de pures fictions, est-ce clair ? Ce ne sont que des histoires.

 

¤     ¤     ¤

 

Jane : Il est beau, n'est-ce pas ? Et sa foi est un bon point en sa faveur. Il a des manières de gentleman qui me plaisent. Plus raisonnable que brillant. Mais personne n'est brillant de nos jours.

Edward : Est-il recommandable ?

Jane : Grand Dieu, comment pourrais-je le savoir ?

Edward : Bien sûr. Néanmoins...

Jane : Les jeunes filles de vingt ans veulent tellement tomber amoureuse. Il est si difficile de savoir si c'est vraiment de l'amour. Chacun de nous devrait avoir la chance de faire au moins une fois un mariage d'amour, si c'est possible.

 

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Lettre de Jane à Cassandra : Me voici enfin seule, quel bonheur. A l'heure présente, je dispose de cinq tables, de vingt-huit chaises et de deux cheminées pour moi toute seule. Je suis pour ainsi dire seul maître à bord.  

 

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Jane : Etes-vous heureux à Ramsgate, monsieur Bridges ?

Le révérend Bridges : Oui ! Et vous dans le Hampshire, miss Austen ?

Jane : Oui !

Le révérend Bridges : J'ai été surpris d'apprendre que vous aviez quitté Bath.

Jane : Il y a une affreuse prolifération de femmes laides à Bath. Et d'hommes aussi d'ailleurs. Je n'ai pas écrit le moindre mot valable ou utile durant dix ans. Ensuite nous sommes allés dans le cottage du Hampshire, et j'ai su que c'était pour la vie. Je savais que ma mère se plairait là-bas, et que ma sœur s'y sentirait plutôt bien.

Le révérend Bridges : Vous avez oublié quelqu'un.

Jane : ... Et que je pourrai écrire. Tout finit toujours par s'arranger, n'est-ce pas ?

Le révérend Bridges : C'est possible.

 

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Stephen Lushington : Fanny, ma chère, une vraie jeune fille !

Fanny : Monsieur Lushington. 

Edward : Ma soeur, miss Austen. Jane, je te présente monsieur Stephen Lushington, représentant de Kanterburry au parlement.

Stephen Lushington : Je me réjouis de voir que vous êtes aussi charmante en personne qu'au travers de vos écrits, miss Austen.

Jane : Oh, je-je n'ai encore rien dit, il me semble.

Stephen Lushington : Certains hauts personnages du palais de Westminster font la queue pour avoir la chance de vous voir.

Jane : Ah, vont-ils m'observer ainsi qu'un animal sauvage dans un zoo ?

Stephen Lushington : Un animal sauvage, pris dans mes rets ici dans cette bibliothèque, votre domaine, où vous êtes entourée, épaulée par la sagesse des anciens. Avec crainte, je foule les sentiers silencieux cousus d'or. Oh, nature, demeure éternelle des morts.

Jane : Vous aimez George Crane.

Stephen Lushington : J'ai toujours un exemplaire de ses poèmes dans ma poche, quand la chambre des communes devient trop ennuyeuse.

Jane : Ses œuvres complètes tiennent donc dans votre poche.

Stephen Lushington : Orgueils et Préjugés tiennent dans l'autre. Mansfield Park est sous mon chapeau ! Et Raisons et Sentiments est coincé sous mon bras.

Jane : Oh... Et où allez-vous mettre mon Emma ?

Stephen Lushington : Une nouvelle héroïne ! Ma chère miss Austen, permettez-moi de monopoliser votre attention sans vergogne, jusqu'à la fin du dîner, et même au-delà.

 

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Fanny : Tu as laissé cet horrible politicien flirter avec toi toute la soirée.

Jane : Je suis un peu amoureuse de lui. Il est brillant. Et il a bon goût.

Fanny : Ambitieux et hypocrite.

Jane : C'est une bonne chose. Ca m'empêche de jeter mon dévolu sur un homme qui possède déjà une femme et dix enfants !

Fanny : En outre, il est laid.

Jane : Bien joué, Fanny. Tu as enfin découvert la véritable raison pour laquelle je n'ai jamais choisi de mari.

Fanny : Parce que tu n'en as jamais trouvé un qui soit assez beau.

Jane : Pas du tout ! Je n'en ai jamais trouvé un qui vaille la peine qu'on dépasse le flirt.

 

¤     ¤     ¤

 

Lettre de Jane à Cassandra : Ma chère Cassandra, je pense que j'ai bu un peu trop de vin hier soir. Je ne sais comment expliquer autrement le tremblement de mes mains aujourd'hui. Au moins, ma coiffure n'en a pas souffert. Et pour l'instant, je n'ai pas d'autre ambition.

 

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Edward : Ah, tu es là. Tout le monde est sorti, est allé prendre l'air.

Jane : Je sais. Je me suis levée très tard.

Edward : Je pensais te trouver assise dans un coin, en train de gribouiller.

Jane : Ce matin, je ne suis pas d'humeur à gribouiller.

Edward : Ca avance comme tu veux ?

Jane : Ca va. Emma est presque terminé. Mais monsieur Egerton refuse de publier une nouvelle édition de Mansfield Park. Alors je me disais qu'on pourrait peut-être faire appel à un nouvel éditeur pour publier Emma. Peut-être qu'on devrait demander un peu plus d'argent aussi.

Edward : Je te répète que tu ne dois pas espérer gagner de l'argent avec tes romans.

Jane : Raisons et Sentiments m'a rapporté plus de cent-quarante livres. Il me semble que je peux en être fière, non ?

Edward : Essaie d'imaginer l'image que cela donne de nous, tes frères. D'avoir une sœur de ton âge qui n'est pas mariée, et qui en outre cherche un emploi. Sache que je veillerai toujours sur toi, sur Cassandra et notre mère. Mais je suis veuf, j'ai onze enfants à élever, j'ai hérité d'une demeure que je n'a pas les moyens d'entretenir et d'un domaine avec un tas de complications.

Jane : Quelles complications ?

Edward : Huh... Ma succession est remise en cause. L'acte notarié a été mal rédigé, paraît-il. S'ils ont gain de cause, je perdrai la moitié de tout ce que je possède.

Jane : Cette maison aussi ?

Edward : Non-non-non-non, cette maison est à l'abri. Je crois que je me suis mal exprimé. En fait, l'assignation ne concerne que mes droits sur le domaine du Hampshire.

Jane : Le cottage...

Edward : Je ne veux pas que tu t'inquiètes. Il y aura toujours de la place ici pour vous tous.

Jane : Edward, le cottage est l'endroit où j'écris.

Edward : Ah, Jane, si seulement tu étais moins orgueilleuse. Si seulement tu t'étais mariée.

 

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Jane : Vous avez toujours été enthousiaste, ce que toute femme attend d'un homme.

Le révérend Bridges : J'attendais la nouvelle de votre mariage.

Jane : Comme toute femme vous le dira, il y a une grande pénurie d'hommes en général et une encore plus grande d'hommes biens. 

Le révérend Bridges : Vous vous dissimulez derrière de belles phrases, comme toujours, Jane.

Jane : Tant mieux ! Parce que mes belles phrases me permettront de mettre un toit sur ma tête. Ou celle de ma mère, ou de ma soeur. Je vais moi-même être obligée de jouer le rôle du mari. On en est là.

Le révérend Bridges : J'aurais mis un toit sur leur tête et vous, Jane, je vous aurais aimée jusqu'à ce que la mort nous sépare.

 

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Jane : La publication est prévue pour quand ?

Henry : Il n'y a pas encore de date, en tout cas de date officielle.

Jane : Mais il y a un contrat ?

Henry : Le contrat... est en cours d'élaboration. Oh, Jane, il propose bien peu d'argent. Il veut tous tes romans contre quatre-cent cinquante livres.

Jane : Mais c'est une misère !

Henry : Je suis banquier, et s'il y a une chose que les banquiers connaissent bien, c'est l'argent. Tu sais que tu peux compter sur moi.

 

¤     ¤     ¤

 

Jane : Je suis folle d'imaginer que les lecteurs vont pouvoir aimer... une horrible petite snob qui va mettre son nez partout.

Henry : Emma ? Tout le monde va l'aimer. 

Jane : Et si tout le monde jugeait que ce n'est pas aussi bien qu'Orgueils et Préjugés et que mes meilleurs livres appartiennent au passé ?

 

¤     ¤     ¤

 

Jane : Je suis étonnée d'apprendre que vous lisez des romans, monsieur Haden. Je doute d'être assez intelligente à vos yeux. Les hommes, en général, lisent de meilleurs livres.

Le docteur Haden : A vrai dire, j'ai lu plus de romans sentimentaux qu'il n'est bon pour mon âme immortelle.

Jane : Je crains que vous ne deviez retirer le mot "sentimental", si vous tenez à prouver que vous avez lu mes livres.

Le docteur Haden : J'ai été particulièrement intéressé de constater que lady Bennett se rend compte qu'elle aime monsieur Darcy lorsqu'elle voit sa magnifique demeure.

 

¤     ¤     ¤

 

Le docteur Haden : Il n'a besoin que de repos et de calme, c'est-à-dire de vous. Je lui ai pris un demi-litre de sang, mais je crains de devoir renouveler l'opération demain.

Jane : Oh, excellent ! ... Je veux dire, faites ce qu'il faut.

Le docteur Haden : Au revoir, miss Austen. Mesdames.

Jane : A demain alors.

Le docteur Haden : Avec grand plaisir.

 

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Le docteur Haden : Votre frère ne vous l'a peut-être pas dit, miss Austen, mais mon chef de service a, parmi ses patients, des personnages très haut placés, plus haut que vous ne pouvez l'imaginer.

Jane : Mais mon imagination peut voler très haut.

Le docteur Haden : Eh bien, j'ai appris par hasard que le prince régent aimait vos romans.

Jane : Hhh, je déteste cet homme. Je prends toujours le parti de sa femme !

Le docteur Haden : Alors cachez vos sentiments autant que possible, je dois recevoir une invitation royale d'un jour à l'autre.

Jane : Nous allons rencontrer son altesse royale ?

Le docteur Haden : Non, pas nous. Vous, rien que vous. Je ne suis que le messager.

Jane : Oh, je vais décliner dans ce cas. Le prince régent est un être si désagréable que je me serais bien passé d'être appréciée par lui.

Le docteur Haden : Oh, donc vous ne souhaitez être lue que par les hommes que vous estimez ?

Jane : Pourquoi est-ce que je ne choisirais pas mes lecteurs tout comme je choisis mes amis ?

Le docteur Haden : Mais parce que ce n'est pas comme ça qu'on fait fortune.

Jane : Alors je serai à jamais pauvre, obscure et méconnue.

Le docteur Haden : Non, au contraire, je donnerais cher pour vous voir briller de tous vos feux parmi la meilleure compagnie.

 

¤      ¤      ¤

 

Jane : Nous sommes de bien étranges créatures. Aussitôt que nous sommes sures de l'attachement d'un homme, nous ne pensons qu'à nous en détacher. Pauvre monsieur Plumtre. Il faut lui rendre sa liberté. Quand tu es avec lui, montre-lui une telle froideur qu'il puisse se convaincre qu'il a pris ses rêves pour la réalité.

Fanny : Il ne va pas le supporter.

Jane : En effet, pendant quelques temps, il va beaucoup souffrir, je n'en doute pas. Mais je crois dur comme fer que ce genre de déception amoureuse n'a jamais tué personne. Et je suis maintenant à Londres, où les rues sont pavées d'une foule de jeunes gens impatients. Fanny, rien ne peut être comparé au malheur d'un mariage sans amour, au fait d'être lié pour la vie à quelqu'un et de préférer quelqu'un d'autre. C'est un châtiment que même toi tu ne mérites pas.

Fanny : Tes cheveux sont très joliment bouclés aujourd'hui.

 

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Jane : Monsieur Haden, j'ignore ce que je dois faire, je n'ai aucune expérience.

Le docteur Haden : Vous avez quelque chose de beaucoup important et de beaucoup plus enviable que l'expérience.

Jane : Quoi donc ?

Le docteur Haden : De l'imagination. Songez à moi qui vous encourage, votre plus grand supporter croit en votre victoire.

  

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Le bibliothécaire du roi : Miss Austen, l'honneur de votre visite est immense, incommensurable ! Sachez que le régent a lu et admiré tous vos romans, miss Austen. Son altesse royale en possède un exemplaire dans chacune de ses résidences, si-si. Et moi, son humble bibliothécaire, j'aime Stanley Clarke. Je les ai également lus. Deux fois. Voulez-vous des gâteaux ? 

 

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Jane : Volontiers.

Le bibliothécaire du roi : Je suis persuadé qu'Emma sera un grand succès.

Jane : J'ai quand même un peu peur que les lecteurs qui ont goûté Orgueils et Préjugés le trouvent trop sérieux et que ceux qui ont goûté Mansfield Park le trouvent au contraire trop frivole.

Le bibliothécaire du roi : Non, c'est impossible, madame, car chaque œuvre nouvelle montre que votre esprit a encore grandi en énergie et en puissance de discernement. Vos livres reflètent la très haute idée de votre génie, et de vos principes.

Jane : Ce sont mes très chers enfants. Je les envoie à travers le monde. Et ils se mesurent aux autres enfants, ceux de Walter Scott ou Lord Byron.

Le bibliothécaire du roi : Aucune comparaison, chère madame, ces... ces deux messieurs sont illisibles.

Jane : Voyez-vous, j'ai accompli jusqu'ici si peu de choses. Ma vie a été si ordinaire. Mon œuvre est encore si mince. Mes livres sont...

Le bibliothécaire du roi : Miss Austen...

Jane : Ce sont des miniatures en ivoire, de cinq centimètres de large, sur lesquels je travaille avec des pinceaux extrêmement délicats.

Le bibliothécaire du roi : Vous avez l'entière liberté de dédicacer Emma... à son altesse royale. L'entière liberté ! Hum... peut-être dans un de vos prochains ouvrages, euh... pourriez-vous décrire... la ville, les habitudes, le caractère et l'enthousiasme d'un clergyman. Le montrer par exemple en train d'enterrer sa mère, ce que j'ai fait et dont je ne me suis jamais remis. Ou... ou...

 

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Jane : "Faites de votre clergyman un aumônier de la royale navy, un ami des grands officiers de marine !" "Monsieur Clarke, ai-je dit, je suis fort honorée, mais un personnage comme celui-là devrait aborder des sujets tels que la science, la philosophie et une femme telle que moi n'y connaît rien. Hélas, toute modestie mise à part, je crois bien que je me peux me vanter d'être la plus inculte de toutes les femmes qui ont jamais osé s'attribuer le titre de femme de lettres."

Le docteur Haden : Bravo !

Fanny : C'est très vilain, Jane. Tu n'as pas eu pitié de ce pauvre homme ?

Jane : Je n'ai jamais pitié de quelqu'un qui n'est pas de ma famille.

Henry : Une raison de plus pour me féliciter chaque jour d'être ton frère. 

 

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Jane : Comme le savent bien tous les éditeurs, la plupart des lecteurs aime surtout les histoires d'amour sérieuses. Hélas, si j'en écrivais une, ce ne serait que pour survivre. Je préfère laisser d'autres plumes ruminer sur la culpabilité et le malheur.

Henry : Un toast à Culpabilité et Malheur !

Le docteur Haden : Et donc, si nous voulons vraiment contribuer à votre fortune, miss Austen, nous devons vous aider à écrire le parfait roman moderne.

Jane : Le genre d'histoire où l'héroïne est forcément la fille d'un clergyman, la perfection incarnée, tendre, sentimentale, bonne, dénuée du moindre sens de l'humour, parlant plusieurs langues étrangères, bien sûr, et divinement douée pour la musique, cela va de soi.

Le docteur Haden : Et notre héroïne jouera de quel instrument ?

Jane : Du pianoforte, ce qui permettra de mettre en valeur ses bras splendides.

Le docteur Haden : Et quel jeune homme sera digne d'une telle perfection ?

Jane : Un héro aussi parfaitement mortel que mortellement parfait. Je vous laisserai le soin d'écrire ces chapitres, monsieur Haden. La peinture de la perfection me rend malade et mauvaise.

Le docteur Haden : C'est vrai, la méchanceté a beaucoup plus de charme.

Jane : Totalement dénué de scrupules et de grandeur d'âme, désespérément amoureux de l'héroïne, il la poursuit de son inexorable passion. Notre héroïne est désespérément belle, et son vieux père est un cas désespéré.

Henry : Oh mon Dieu, ne dites rien à mon frère.

Le docteur Haden : Dans tous les lieux où passe notre héroïne, partout les gens tombent amoureux d'elle, et elle reçoit de nombreuses demandes en mariage.

Jane : Ensuite, après avoir réussi environ une vingtaine de fois à échapper de justesse aux bras de notre héro et après des torrents de larmes, au dernier moment...

Le docteur Haden : Elle épouse celui auquel elle était destinée depuis toujours. Au fait, est-ce que vous y croyez, miss Austen, qu'on finit toujours par trouver la compagne ou le compagnon idéal ?

Jane : J'y crois... quand j'écris un roman.

Fanny : Comme tout ça est peu romantique.

Le docteur Haden : Oh mais les héroïnes de votre tante sont toutes très sages. Chacune épouse un homme fortuné, et chacune se marie par amour.

Madame Bigeon : Et vous, monsieur Haden, quelle est votre idée de la parfaite femme ?

Le docteur Haden : Hum, force spirituelle et douceur des manières.

Henry : Hmm, bien, Haden ! On ne saurait mieux.

Jane : Vous l'aurez votre douce femme, pleine de gratitude et de dévotion. Je vous souhaite qu'elle soit silencieuse, tranquille et un peu ignorante. Friande de thé vert et de pain de veau en croûte chaque après-midi. Tu as l'air fatigué, Henry. Allez viens, montons.

Henry : Pas question. Je me sens très bien et je m'amuse beaucoup.

 

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Jane : Vous étiez chacun sur une chaise ou tous les deux sur la même ?

Fanny : Tu es jalouse.

Jane : Je suis ta tante.

Fanny : Et une femme.

Jane : Et un tigre quand je vois une proie.

 

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Madame Bigeon : La passion est faite pour la jeunesse. Elle s'évanouit si vite...

Jane : Pas dans nos rêves.

Madame Bigeon : Le bien-être demeure, ainsi que demeure l'amitié, si vous avez autant de chance que j'en ai eu.

Jane : Le bonheur dans le mariage est uniquement une question de chance.  

Madame Bigeon : Mais voyez comme nous paniquons au moment de choisir. Et pourtant l'amour meurt et la fortune se dissipe. Toute femme, qu'elle soit célibataire ou femme mariée, je vous le dis, toute femme a des regrets. Alors quand nous lisons l'histoire de vos héroïnes, nous nous sentons jeunes et encore amoureuses et pleines d'espoir, comme si nous pouvions à nouveau choisir notre vie.

Jane : Et faire le bon choix.

Madame Bigeon : C'est un don que vous avez. Un vrai, un don du ciel. Et un don suffisant, je crois.

 

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Henry : En résumé, oui, j'ai trop prêté et j'ai également trop emprunté. Ne me regarde pas comme ça. Oui, ma banque a fait faillite, ce qui signifie que j'ai tout perdu. Je suis ruiné.

Jane : Edward ne peut pas t'aider. Edward a lui-même un procès, il a assez de problèmes de son côté.

Henry : Edward a garanti mes emprunts à hauteur de vingt mille livres. Je crains fort qu'il ne revoit jamais cet argent.

Jane : Oh, Henry... Oh, Seigneur.

Henry : Et maintenant je vais entraîner toute la famille avec moi.

Jane : Mère...

Henry : Pas un seul mot. Je lui dirai moi-même. Je lui parlerai demain.

 

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Jane : Je ne veux rien du tout. Je veux seulement gagner plus d'argent. Je veux que toi et notre mère viviez à l'aise, sans avoir constamment peur que nos frères soient dépossédés de la maison, et de tout ce que nous avons. Je voudrais être débarrassée de cette affreuse fatigue, Cassandra.

Cassandra : Veux-tu qu'on aille au bord de la mer.

Jane : Au bord de la mer, on a bon appétit en général. Au bord de la mer, on n'est pas sinistre en général. On n'est pas lasse et fatiguée au point de s'écrouler de lassitude.

Cassandra : Je t'en prie, dis-moi pour quelle raison tu m'en veux ?

Jane : Mais pourquoi je t'en voudrais ? Je m'en veux à moi-même. Je n'ai guère le droit d'être malade. J'ai un roman à terminer, et tellement de personnages dans ma tête, tellement d'histoires, et si peu de temps. 

 

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Madame Austen : Entre autres choses, on découvre que plus on aime l'homme qu'on a épousé, plus on aime ses enfants.

 

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Jane : C'est un luxe dangereux et coûteux que de tomber malade à mon âge.

Le révérend Bridges : Lors de notre rencontre dans le Kent, je vous ai parlé de façon irréfléchie.

Jane : Vous n'allez pas avoir l'inconvenance de revenir sur ce que vous avez dit.

Le révérend Bridges : Sachez que je ne vous aurais jamais empêché d'écrire, si c'était là votre crainte. 

Jane : Si j'avais été votre femme, comment aurais-je pu écrire ? Tous ces devoirs de maternage... Nous aurions été pauvres.

Le révérend Bridges : Vous êtes pauvre de toute façon... Nous aurions pu rire ensemble au moins.

Jane : C'est ça, le mariage, non ?

Le révérend Bridges : Je suppose qu'aucun homme en chair et en os ne sera jamais digne de la créatrice de monsieur Darcy...

Jane : Vous vous trompez sur lui. Il ne m'aurait pas convenu.

Le révérend Bridges : Si j'avais pris mon courage à deux mains après notre danse à ce bal,...

Jane : Non, nous étions trop jeunes.

Le révérend Bridges : Et plus tard, quand je vous ai demandée ?

Jane : J'ai simplement évacué toute idée de mariage de ma tête...

Le révérend Bridges : Dites-moi que vous le regrettez. Dites-moi qu'il vous arrive parfois la nuit de penser à moi. Dites-le moi même si c'est faux.

Jane : Pourquoi ? A quoi bon maintenant ?

 

¤     ¤     ¤

 

Henry : J'en ai assez de la banque, Jane. Je veux devenir pasteur.

 

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Madame Austen : Mes fils ont toujours fait de leur mieux pour aider cette famille, mais elle, elle n'est qu'une égoïste, une égoïste ! Je t'ai vue avec monsieur Bridges, en train de flirter comme une petite sotte ! C'est un homme marié. Si tu voulais vraiment être madame Bridges, la femme du pasteur, il fallait dire oui, quand il te l'a demandé.

Jane : Facile à dire. Mais je ne le voulais pas.

Madame Austen : Et après, tu as eu encore le choix d'un meilleur parti, un homme riche, sa belle demeure. Mais non, là encore, tu l'as rejeté. Tu l'as jeté comme tu as jeté ta vie en l'air, et la mienne et celle de tes sœurs en même temps ! Parce que lui n'était pas assez bon pour la sainte miss Jane et son imagination littéraire ! Non, elle est beaucoup mieux que monsieur Harris Bigg avec son beau manoir et ses cinq cent hectares.

Jane : Oh, mère, ça remonte à des années.

Madame Austen : Oui, quinze ans exactement. C'est gravé dans mon cœur ! Ca fait quinze ans qu'un soir, toi, tu l'as laissé fuir comme une enfant beaucoup trop gâtée ! Fuire le mariage et la sécurité.

Jane : Je ne pouvais pas épouser quelqu'un que je n'aimais pas.

Madame Austen : Alors pourquoi est-ce que tu lui as dit oui !? "Oui, Harris, je serai madame Bigg."

Jane : J'ai fait une erreur.

Madame Austen : Ton erreur a été, le lendemain matin, de revenir sur ton engagement.

Jane : Tu voulais que je fasse quoi ? Que je me vende pour de l'argent !?

Madame Austen : Nous aurions eu de la fortune, grâce à ça. Et tu sais ce que ça veut dire ? La fortune est juste un autre mot pour désigner la sécurité.

Cassandra : Mère, je vous en prie !

Madame Austen : Toi, arrête de la défendre, tu l'as assez fait ! Tu as sacrifié notre sécurité sur l'autel de tes principes, Jane. Est-ce que ça t'a rendue heureuse, oui ou non ? Regarde-toi, tu es malade. Personne ne me dit rien, mais j'ai des yeux derrière la tête. Oui, ma pauvre petite fille seule.

 

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Fanny : Tante Jane !

Jane : Pas maintenant, Fanny.

Fanny : Tu as dit oui parce qu'il était riche et non pas parce que tu l'aimais. C'est si romanesque.

Jane : Est-ce que tu choisirais ma vie ? Tu as peut-être le droit de m'en vouloir, mais ne t'avise surtout pas de me plaindre !

 

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Jane : Aucun de ces hommes ne m'a comblée de bonheur. Comblée de bonheur, ça ne suffit pas. Comblée de bonheur, ce n'est pas ainsi que je veux écrire la fin de mon histoire. Etre aussi pauvre est déjà presque insupportable. Le seul regret que j'ai de ne pas avoir épousé Harris Bigg, c'est que je vais mourir en ne vous laissant rien à notre mère et à toi.

Cassandra : Non, arrête. Arrête, arrête, Jane. C'est ma faute. Si j'avais gardé le silence, si je n'avais pas voulu te convaincre, tout au long de cette nuit, je t'ai harcelé jusqu'à te faire changer d'avis. C'est à cause de moi que tu l'as repoussé.

Jane : Tu m'as montré quel était le véritable enjeu de mon choix.

Cassandra : A cause de moi, tu as choisi la solitude et la pauvreté.

Jane : A cause de toi, j'ai choisi la liberté.

Cassandra : Je ne l'ai pas fait pour toi, Jane.

Jane : Je sais.

Cassandra : Comme j'ai honte, mon Dieu !

Jane : Tout ce que j'ai... tout ce que j'ai accompli dans la vie, c'est à toi que je le dois, jusqu'à cette vie qu'on a mené ici. Jusqu'à cet amour qu'on a l'une pour l'autre. Et cette vie qui fut la mienne, c'était celle pour laquelle j'étais faite. Celle que Dieu avait prévue pour moi. Jamais je n'aurais pensé que je pourrais connaître un tel bonheur. Jamais je n'aurais pensé que je le méritais. Oh mon Dieu ce que j'ai soif.

 

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Fanny : Ne sois pas triste, pas ce soir.

Cassandra : Au moins je suis heureuse pour toi, Fanny.

Fanny : Mon mari dit que je suis la seule personne au monde en présence de qui il sent qu'il a trouvé le bonheur !

Cassandra : C'est bien qu'il soit conscient de la chance qu'il a.

Fanny : Qu'est-ce que tu fais ?

Cassandra : Ne t'inquiète pas. Je n'ai pas jeté celles où elle parle de toi.

 

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Fanny : Arrête ! Tu ne dois pas brûler les lettres de Jane !

Cassandra : Tu t'imagines toujours qu'il y a un amour secret à découvrir ?

Fanny : Peut-être que je l'espère en tout cas.

Cassandra : Jane était le soleil de ma vie. Elle éclairait chacun de mes jours et soulageait mes chagrins. Aucune de mes pensées ne lui était étrangère. Aujourd'hui je suis amputée d'une part de moi-même.

Fanny : Mon mari te demande de lui accorder une danse.

Cassandra : C'était Jane la meilleure danseuse de cette famille.

 

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Lettre de Jane à Fanny : Quand je contemple une nuit comme celle-ci, j'ai l'impression qu'il pourrait exister un monde sans douleur ni cruauté. Fanny, tu es la joie de mon existence. Ecoute maintenant ton propre cœur. 

 

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mardi, 03 juillet 2012

Le destin fabuleux de Désirée Clary - Guitry 2/2

 

Le film est d'un tenant mais la transcription de pareil chef d'oeuvre demande la place de deux parties... 2/2

 

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Film : Le destin fabuleux de Désirée Clary (1941, durée 1h50)

Réalisateur : Sacha Guitry 

Désirée (Gaby Morlay), Désirée jeune (Geneviève Guitry), Julie Clary (Yvette Lebon) 
 
Bonaparte (Jean-Louis Barrault), Bernadotte (Jacques Varenne), Talleyrand (Jean Périer), Fouché (Noël Roquevert) 
 
Le conteur (Sacha Guitry) 

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Napoléon : J'ai prié votre altesse royale de bien vouloir se déranger pour répondre à la question suivante : que faites-vous encore à Paris, madame, alors que Bernadotte est en Suède depuis six mois ?

Désirée : Mais rien, Sire. Je continue d'y vivre comme par le passé, n'ayant pas l'intention de me rendre à Stockholm.

Napoléon : Allons donc, ne sentez-vous pas l'inconvenance d'une pareille attitude ?

Désirée : Pourquoi considérer que c'est une attitude ? C'est une préférence. J'aime Paris, j'adore y vivre. Est-ce que votre majesté voit des inconvénients ?

Napoléon : Nnnnon. Mais peut-être trouverais-je des avantages si vous étiez là-bas.

Désirée : Est-ce une mise en demeure ?

Napoléon : Voudriez-vous que ce fut une prière ? Comprenez-moi bien, j'ai été séduit par la glorieuse vision d'un maréchal de France devenant roi et une femme à laquelle je m'intéresse devenant reine, et d'un filleul devenant prince. Laissez-moi le soin de régler votre départ. D'ici là je vous invite au dîner de famille que je donne tous les dimanches aux Tuileries. Et puis, qui sait, j'ai peut-être besoin que vous soyez là-bas ? Oui, et si j'avais besoin de vous ?

Désirée : Besoin de moi ?

Napoléon : Pourquoi donc pas ? Donnez-moi votre main.

Désirée : C'est la seconde fois que vous me la demandez.

Napoléon : Oui, mais la première fois, ce n'était que pour un mariage.

Désirée : Et cette fois-ci ?

Napoléon : C'est pour une alliance. Désirée...

Désirée : Sire...

Napoléon : Qu'est-ce que vous aimez le plus au monde ? Répondez-moi : la France.

Désirée : La France.

Napoléon : Bien, écoutez-moi.

 

Un mois plus tard, le 27 janvier 1811, Désirée faisait son entrée au palais royal de Stockholm. Accueillie par Bernadote, entourée aussitôt de mille prévenances, on lui laisse pas le temps de se changer un peu, ni de se recoiffer, car le vieux roi Charles XIII l'attend depuis trois heures, impatient de connaître enfin sa fille adoptive. Il ne faut même pas qu'elle retire son manteau, ni son chapeau s'ailleurs, car le roi veut la voir à son arrivée telle qu'elle sera venue de France. Il s'en fait une joie.

 

Désirée : Il parle le français ?

Bernadotte : Il n'en sait pas une syllabe.

Désirée : Vous comprenez vous le suédois ?

Bernadotte : Je n'en connais pas un seul mot.

Désirée : Alors comment vous y prenez-vous ?

Bernadotte : Il me parle en suédois, je réponds en français.

Désirée : Tiens.

Bernadotte : Attendez-vous à un accueil très paternel.

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Le roi de Suède : *ù%§¤£µé"'_çè('-($$£^^$**§§ù

L'interprète : Sa majesté demande à votre altesse son impression sur ce palais qui deviendra le vôtre un jour.

Désirée : Je le trouve bien beau, bien magnifique pour la fille d'un négociant de Marseille.

L'interprête : Bravo. 

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Bernadotte : Pourquoi as-tu quitté Paris ?

Désirée : J'ai...

Bernadotte : Oui, puisqu'il était convenu entre nous que tu resterais là-bas une année entière avant de me rejoindre. Pourquoi as-tu quitté Paris sans ma permission ?

Désirée : Mais parce que l'empereur m'en a pour ainsi dire donné l'ordre.

Bernadotte : Allons donc, et sans raison définie ?

Désirée : Ma présence à Paris semblait inconvenante, paraît-il, à beaucoup de personnes.

Bernadotte : Mmm-hmmm... C'est-à-dire qu'elle l'inquiétait lui probablement. Il se méfie de toi. Combien de fois l'as-tu vu depuis mon départ?

Désirée : Trois fois. Tu as eu mes lettres ?

Bernadotte : Combien m'en as-tu envoyées ?

Désirée : Quatre.

[...]

Désirée : Tu te méfies de moi, toi aussi ?

Bernadotte : Non. Non, mon enfant, non. Mais cela n'a pas d'intérêt pour toi. Ma petite Désirée, je vais te parler bien franchement.

Désirée : Je t'en prie.

Bernadotte : Comme tu ne m'es pas du tout nécessaire ici, et comme tu peux m'être extrêmement utile là-bas, tu vas me faire le plaisir de t'en retourner dans une quinzaine de jours.

Désirée : A Paris ?

Bernadotte : Oui.

Désirée : Entendu.

Bernadotte : Rentre sans prévenir personne. Montre-toi le moins possible. Ne fréquente que des personnes dont tu sois absolument sure. Tâche enfin qu'il ignore ton retour le plus longtemps possible. Tu seras partie d'ici pour raisons de santé.

Désirée : Bien, Parfait.

Bernadotte : As-tu reçu chez toi Talleyrand et Fouché ?

Désirée : Pas encore.

Bernadotte : Oh, je t'avais pourtant bien recommandé de le faire dans ma dernière lettre ! Je t'en conjure, ne sois pas négligeante, chérie. Enfin, voyons, tu ne peux pas rester une enfant toute ta vie ! Il faut que je puisse compter sur toi. Je ne te demande pas de mal agir, je te demande de m'aider. Efforce-toi de me comprendre à demi-mot : pour le bien de la France, il ne faut plus d'empereur. Ce n'est pas un titre français d'abord, il faut à la France un roi, mais la race des Bourbons est une race usée. Et je te supplie de ne pas perdre de vue mon unique ambition, le seul rêve de ma vie ici-bas, la raison enfin pour laquelle j'ai fait ce grand détour par la Suède. 

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Quelques semaines plus tard, Désirée est de retour à Paris. Et la voilà bientôt prise dans l'engrenage. Elle reçoit chez elle Talleyrand et Fouché, et suit les directives que son mari lui donne. Elle parle, elle écoute, elle se croit prudente et cherche à deviner les mobiles secrets de ceux qui la renseignent. Hélàs, elle est comme un jouet entre les mains de ces deux hommes pervers, prestigieux, subtiles. Elle a voulu jusqu'alors se venger de l'empereur et lui faire du mal un peu comme une enfant rageuse, mais sans y parvenir réellement en somme. Et voilà qu'aujourd'hui par la force des choses, elle devient responsable un peu des malheurs [...], les erreurs même qu'elle commet volontairement, tout se retourne contre celui qu'elle n'a jamais cessé d'aimer et qui depuis quinze ans n'a eu que des bontés pour elles. 

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Se rendant compte un soir du crime qu'elle commet, elle fausse compagnie à ses invités. Elle sera de retour avant une heure. Elle part.

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Et tente chez l'empereur, au milieu de la nuit, pour le mettre au courant, de cette nouvelle conspiration qui se trame contre lui, et à laquelle elle est mêlée, elle l'avoue. Mais, ne pourrait-elle pas peut-être le sauver, sait-on jamais ? L'empereur est au courant de déjà bien des choses, il se sait entouré d'espions, de scélérats, de traîtres, et rien ne l'étonne plus. Pourtant, s'il veut bien faire une expérience encore, il ne lui demande pas de trahir son mari, mais qu'elle tâche donc de savoir par Talleyrand s'il est exact que l'Angleterre assure à Bernadote un million de livres sterling par an s'il prend les armes contre la France. Elle le pense. Lui, l'empereur, il en est sûr, mais il voudrait savoir si Talleyrand le sait. Elle le lui dira demain. Talleyrand ignore-t-il qu'elle est venue le voir ?

Désirée : Oui.

Or Talleyrand ne l'ignorait pas car il l'avait fait suivre.

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Talleyrand : Ne jouez pas un double jeu, madame, prenez garde. L'empire est condamné, et votre altesse le comprend bien. La France court à grands pas vers une monarchie constitutionnelle. Or, quel homme montera sur le trône de France, si ce n'est celui qui l'aura délivrée du fléau qui la tue ? Et cet homme-là, vous ne voulez donc pas que ce soit Bernadotte ? Le mensonge, la délation, le crime lui-même, tout est permis quand l'intérêt de la nation se trouve en cause. Et pour ma modeste part, je n'ai jamais trahi que lorsque j'avais la moitié de la France pour complice.

Elle ne sait plus que faire. Les uns lui demandent de trahir l'empereur, l'empereur lui demande de trahir les autres, et celui-ci, comme les autres, lui dit que c'est pour sauver la France. Perdant la tête, elle trahit les uns, comme elle trahit l'autre.

Et voici que les événements vont se précipiter, tragiques, impitoyables. Tout d'abord, c'est le traité d'Alliance de la Suède avec la Russie, puis c'est la déclaration de guerre à la Russie trois mois plus tard. C'est l'entreprise téméraire, extravagante, c'est la retraite de Moscou en octobre 1812, c'est aussitôt l'alliance de l'Angleterre avec la Russie et la Suède ; de la Russie et de la Prusse avec l'Autriche, avec la Suède et l'Angleterre. C'est l'Europe entière en armes contre lui. C'est la lutte héroïque et vaine, c'est la défaite, le désastre. Enfin c'est Waterloo plus tard, c'est la France envahie, c'est Paris occupée.

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Et c'est alors l'abdication définitive de l'empereur, trahi de tous côtés, abandonné, vaincu. C'est enfin son départ. C'est l'offre de sa personne à l'Angleterre qui la repousse. Et c'est l'exile à Sainte-Hélène, et c'est la fin.

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Puis, l'ouragan passé, tout se calme, tout s'apaise, l'Europe pousse un immense soupir de soulagement. Le roi Louis XVIII, hypocondre et goutteux, vient reprendre la place sur le trône de ses ancêtres.

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Et voilà tout à coup qu'une autre Désirée se révèle inconnue.

Désirée : Non, non, non et non ! J'y laisserai ma vie s'il le faut, ma santé, ma raison, mais je veux racheter ma faute, et par n'importe quel moyen. Je tiendrai, qu'on allège un peu ses souffrances. Quant à quitter Paris, jamais, jamais-jamais !

- Votre réputation pourrait bien en souffrir.

Désirée : Ma réputation ? Ma conscience d'abord.

- Et cependant, madame, en raisonnant un peu...

Désirée : Messieurs mes conseillers, j'ai pour vous la plus vive estime, mais je ne veux rien entendre.

- Pourtant, si votre majesté daignait...

Désirée : Je ne suis pas une majesté, monsieur. Je suis une pauvre petite bourgeoise de Marseille qui a commis un crime et qui veut l'effacer.

- Mais quel crime avez-vous donc commis, madame ? Vous vous accusez bien à tort. L'empereur a son destin. On ne pouvait lui faire en vérité ni bien ni mal.

- Et vous n'êtes dans son malheur, madame.

Désirée : Non, j'y suis pour rien, c'est vrai, mais je l'ai souhaité.

 

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Et de 1815 à 1840, pendant vingt-cinq années, la  fiancée de l'empereur n'a eu que cette idée en tête. Or le roi Louis XVIII, de retour à Paris pour la deuxième fois, assitôt après les cent jours, a pris possession du bureau de l'empereur. Il en admire l'architecture, mais il est des détails qui lui sont bien désagréables, odieux même, il ne veut pas se parer des plumes du paon. Mais, quelqu'un se présente.  Accueillie par le roi, Désirée le supplie d'intervenir en faveur de celui qu'on tenait enchaîné là-bas. 

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Elle frappe à toutes les portes. A tous les cœurs, au cœur des femmes qui sollicitent ses confidences avec un intérêt qui n'est pas toujours exsang d'une certaine indiscrétion. Même on la vit un jour chez l'ambassadeur infléxible d'Angleterre. Devenue reine de Suède, elle continua de vivre à Paris incompréhensiblement, sous le nom de la comtesse de Gotland. Indifférente à l'opinion qu'on avait d'elle, elle se compromettait crânement, mais poursuivait son but. Elle revit Fouché. Eu l'honneur et la joie de connaître un soir Chateaubriand... 

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... Mais elle lassa le monde. Finit par ennuyer le duc de Richelieu qui lui rendit ses lettres. Et eut enfin les yeux ouverts un soir par Talleyrand.

Talleyrand : Mais non, madame. Votre majesté s'obstine en vain. Si voulez plaider sa cause utilement un jour, attendez au moins qu'il soit mort.

Désirée : Ah.

Hélas, il disait vrai. L'empereur entra dans la légende et devint immortel le 5 mai 1821 à six heures du soir. Dès lors, le monde libéré chanta sa gloire, exhalta son génie, et Désirée devint un peu le point de mire.

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Une femme : Vous qui l'avez connu, vous l'aimez aimé. Dites-nous, je vous prie ?

L'ambassadeur d'Angleterre : En vérité, c'était un homme fabuleux, l'un des plus grands soldats que le monde ait connu.

Un homme : Croyez-le bien, messieurs, l'ombre de Napoléon s'élèvera seule, à l'extrêmté du vieux monde détruit.

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Elle revit Marmont, Davout et rencontra le docteur Antomarchi qui avait assisté l'empereur à ses derniers moments. Il revenait de Sainte-Hélène et c'est par lui qu'elle connut la terrible phrase dictée par l'empereur.

Le docteur Antomarchi : "Vous direz que je suis mort dans l'état le plus déplorable, manquant de tout, abandonné à moi-même et à ma gloire. Vous direz qu'en expirant, je lègue à toutes les familles régnantes l'horreur de mes derniers moments."

C'est en entendant ces mots affreux que Désirée prit la décision de quitter la France et de rejoindre le roi de Suède, son mari.

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Désirée : Je ne te savais pas souffrant.

Bernadotte : Oh cela n'a pas été très grave. Et ça va beaucoup mieux déjà. Je t'attendais d'ailleurs.

Désirée : Tu m'attendais ?

Bernadotte : Oh oui, j'étais sûr que tu allais venir maintenant. Comment te portes-tu toi-même ?

Désirée : Oh, moi, je vais très bien.

Bernadotte : Tu sais ce qui m'est arrivé le jour de sa mort ? Eh bien, le 5 mai, à six heures moins dix exactement, du soir, j'ai ressenti au coeur une douleur très vive. S'il n'y avait pas eu des témoins, je ne mentionnerais pas le fait. Mais il est évident que j'ai eu le pressentiment de sa mort. Combien tu as dû souffrir toi-même.

Désirée : Combien je souffre encore.

Bernadotte : Oh, je le pense bien. Tu sais ce qu'il a dit de moi ? [...] Des choses horribles et très injustes ! Ce qu'il a dit de moi d'ailleurs, il a dû le regretter, car le docteur O'Mehara a bien voulu me transmettre la phrase la plus importante que l'empereur ait dite à mon sujet. Je l'ai copiée, tu penses bien. Attends, attends. Tu vas connaître aussi, oh trois lignes abominables, qu'il a dictées au docteur Antomarchi.

Désirée : Oh je les connais. "Je lègue à toutes les familles régnantes l'horreur de mes derniers moments".

Bernadotte : Oui-oui-oui-oui, ah tais-toi, je ne dors plus depuis qu'on me les a rapportées, ces lignes. Mais tiens, tiens, voici, la phrase du docteur O'Mehara qui, elle, efface tout. "Je peux accuser Bernadotte d'ingratitude, mais non de trahison." Oh, cela, il ne faudra jamais l'oublier, n'est-ce pas ?

Désirée : Jamais.  

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Vingt ans plus tard, devenus reine et roi de Suède à la mort du roi Charles XIII, ils gagnèrent l'estime et l'amitié de leurs sujets. Mais combien leur mémoire était restée fidèle. 

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La servante : Bien, votre majesté.

Désirée : Appelez-moi "madame" quand nous sommes seules.

La servante :  Bien, votre majesté. 

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Mais une autre pensée l'obsédait davantage à toute heure en tout lieu.

Bernadotte : Nous nous sommes détestés, tous les deux mais je ne l'ai pas trahi. J'ai agi en Suédois mais je n'ai jamais cessé de penser en Français. Ca a toujours été ma hantise du reste. Et c'est pour cela sans doute que je n'ai jamais pu apprendre le suédois.

[...]

Bernadotte : D'ailleurs, nous ne nous sommes pas réellement détestés, lui et moi.

Désirée : Mais non, j'en suis certaine.

Bernadotte : Et, vingt fois, nous avons failli nous jeter dans les bras l'un de l'autre.

Désirée : Oui mais voilà, il y avait quelque chose entre vous.

Bernadotte : Non, il y avait quelqu'un entre nous. Et si tu étais moins modeste, tu aurais deviné que c'était toi.

Désirée : Qu'est-ce que tu veux dire ?

Bernadotte : Tu as toujours cru que je l'enviais, lui, sans jamais te demander si je n'étais pas jaloux de toi.

Désirée : Tu as été jaloux de moi ?

Bernadotte : Je n'ai jamais cessé de l'être.

Désirée : Oh...

Bernadotte : As-tu cessé, toi, de l'aimer ?

Désirée : Mais... pourquoi ne m'as-tu jamais fait d'observations à cet égard ?

Bernadotte : Pour te le faire aimer d'avantage ? Merci.

Désirée : Mais lui ne m'aimait plus.

Bernadotte : Mmmh, non. Mais on n'est jamais satisfait de voir au bras d'un autre celle qu'on a aimé.

Désirée : Ah... Je pensais bien qu'un jour tout retomberait sur moi.

Bernadotte : Pardon, pardon, mais je suis... si malheureux.

Désirée : Je le vois bien.

Bernadotte : Pense, j'étais maréchal de France, et je suis roi de Suède.

Et nous savons d'ailleurs qu'à son heure dernière, mais... n'anticipons pas.

Bernadotte : Qu'est-ce que c'est que ce pli ?

Désirée : Je ne sais pas. Tu dormais, on l'a déposé.

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Bernadotte : C'est la copie du testament de l'empereur que le roi Louis-Philippe me fait parvenir. Mon Dieu, il y a donc encore un Français qui s'intéresse à moi. "Je meurs dans la religion apostolique et romaine, dans le sein de laquelle je suis né, il y a cinquante ans."

Désirée : "Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé". 

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Désirée : Tu ne dors pas ?

Bernadotte : Oh non, du tout.

Désirée : Tu me demandais récemment ce que nous pourrions faire pour lui.

Bernadotte : Oui.

Désirée : Je pense à ce désir qu'il exprime si bien, que ses cendres reposent sur les bords de la Seine.

Bernadotte : Au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé moi-même. Tu as raison. Et je vois deux choses à faire, et tout de suite.

Désirée : Oui, dis.

Ce qu'il a fait, ce qu'elle a fait, jamais on ne le saura sans doute. Et d'autre part, quel a été le sens du voyage mystérieux de la reine de Suède dont la chronique s'est émue ? Et cette visiteuse voilée qui vint se jeter suppliante aux genoux du roi Louis-Philippe, qui était-elle ? Et le jour du retour des cendres de l'empereur, cette même personne voilée, qui se disait en sanglottant "j'y suis un peu pour quelque chose", n'était-elle pas Désirée Clary, la petite fiancée du général Bonaparte, qui naquit à Marseille, et mourut reine de Suède. 

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